Loncle, le député qui apprend aux journalistes à faire leur boulot!
Pierre Baudry | Jeudi 4 Mars 2010

Ancien journaliste, le député socialiste François Loncle multiplie les questions écrites bien senties à l’adresse des membres du gouvernement. Des questions qui devraient pouvoir inspirer ceux qui se prétendent, eux, toujours journalistes…

Il est des députés qui ne font pas la « une » des médias et qui pourtant grattent là où ça fait mal. C’est le cas de François Loncle, député socialiste de l’Eure, qui s’est fait « spécialiste des questions écrites vachardes » comme il dit. Une des dernières interrogations de cet ancien du MRG, parue au Journal officiel il y a près de deux semaines, vaut son pesant d’or. Elle est adressée à Luc Chatel et porte sur ce que Nicolas Sarkozy croit être le « parler peuple » (ce qui révèle au passage l’idée qu’il se fait de la « piétaille ») : « M. François Loncle indique à M. le ministre de l'Education nationale que l'actuel Président de la République française semble éprouver maintes difficultés à pratiquer la langue française. Il multiplie les fautes de langage, ignorant trop souvent la grammaire, malmenant le vocabulaire et la syntaxe, omettant les accords. Lorsqu'il s'exprime en public, le Président de la République croit judicieux de maltraiter, volontairement ou involontairement, la langue française et il s'aventure parfois à employer des termes et formulations vulgaires. Afin de remédier sans délai à ces atteintes à la culture de notre pays et à sa réputation dans le monde, il lui demande de bien vouloir prendre toutes les dispositions nécessaires pour permettre au Président de la République de s'exprimer au niveau de dignité et de correction qu'exige sa fonction » !


De la pure polémique politicienne qui n’apporte strictement rien au débat, diront certains. Certes. Mais François Loncle n’a pas pour seule préoccupation de voir le chef de l’Etat se lancer dans une lecture assidue du Beschrelle et du Littré. Des questions écrites aux membres du gouvernement, il en a formulé plus d’une. Et certaines auraient mérité une réponse (1). Ce qui n’est pas le cas. Ou pas encore le cas, l’espoir fait vivre…


Le député de l’Eure s’est par exemple inquiété auprès du Premier ministre du rôle plus que trouble de Claude Guéant et d’Herni Guaino « pas conforme, selon lui, à l’esprit républicain ». Réponse des services de François Fillon à cette question écrite ? A côté de la plaque. Du coup, Loncle est revenu à la charge en deuxième semaine, au sein de l’hémicycle, lors d’une séance de questions d’actualité : « Je voulais savoir ce que François Fillon pensait des propos de Claude Guéant au sujet des journalistes de France 3 retenus en otage. J’en ai profité pour reposer ma question sur le rôle de Guéant et Guaino parce que je souhaitais savoir qui gouverne. Mais François Fillon a laissé la parole à Bernard Kouchner qui n’a évidemment pas répondu. »


Pour cet ancien président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, le comportement de la France hors de ses frontières soulève d’ailleurs d’innombrables questions, là aussi restées malheureusement sans véritable réponse. Quel rôle joue, par exemple, Robert Bourgi « un étrange avocat d’affaires » qui, écrit-il, « endosse le costume d’un ministre bis de la Coopération », « prétend, sur les ondes d’une grande radio, (…) qu’il est le véritable artisan de la politique africaine de notre pays » et « se présente comme le médiateur attitré entre le Président de la République et certains chefs d’Etats africains qui auraient obtenu le renvoi » de Jean-Marie Bockel.


Le 25 février dernier, François Loncle remet le couvert et s’inquiète dans une question écrite au ministre des Affaires étrangères qu’en l’échange de la libération de Pierre Camatte des « terroristes d’Al-Qaida » aient été libérés : il se demande si « cet exemple ne risque pas d’avoir de néfastes conséquences, en incitant les groupes terroristes à multiplier les prises d’otages puisqu’ils seraient assurés d’obtenir satisfaction de leurs revendications. » Judicieuse question à nouveau. Digne d’un journaliste. François Loncle l’a d’ailleurs été par le passé. Ceux qui prétendent l’être aujourd’hui devraient peut-être s’en inspirer et prendre le relais si toutefois cette dernier missive de Loncle devait rester lettre morte…



(1) Pour en savoir plus sur les questions écrites, consulter les pages 88-89 du règlement de l'Assemblée nationale.


Gérald Andrieu - Marianne | Mercredi 3 Mars 2010 à 14:01 | Lu 7271 fois

MOT-CLÉS : bourgi, guaino, guéant, loncle

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